L'Express du 11/04/2005
Philippe Askenazy, économiste, chercheur
au CNRS
Santé au travail: attention, danger!
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Malgré le coût social et économique des accidents du travail, le
patronat semble peu se préoccuper de leur prévention
Il ne fait pas bon travailler en France. Notre pays, qui figure
traditionnellement parmi ceux où le «boulot» est le plus dangereux, connaît une
dégradation accélérée de la situation avec près de 50 000 accidents graves par
an et une croissance de 10 à 20% des maladies professionnelles dans le secteur
privé. Nous payons des décennies d'abandon de la question de la santé au
travail au sein des entreprises: non-respect des réglementations, formation
insuffisante, sous-traitance des activités dangereuses et, parfois, négation
pure et simple des problèmes.
Comme
nos voisins européens, nous sommes aujourd'hui confrontés, en prime, à de
nouveaux enjeux en matière de santé et de sécurité au travail: vieillissement
de la population active, montée de nouveaux risques liés aux changements
technologiques et organisationnels, course à la productivité.
Comme
eux, nous nous sommes engagés dans la voie de la prévention avec le plan Borloo-Larcher du 17 février dernier. Il y a urgence.
Pourtant, même s'il affiche des objectifs ambitieux, le gouvernement reporte le
poids des réformes sur les partenaires sociaux. A eux les discussions sur la
pénibilité, les seniors, la Sécurité sociale, etc. Une amélioration rapide de
la santé au travail passe alors par un changement de culture des employeurs qui
mettent leurs salariés en danger. Mais le patronat, représenté par le Medef,
avance à reculons dans les négociations paritaires, malgré ses déclarations de
bonnes intentions. Ce pourfendeur des dépenses publiques semble oublier le coût
exorbitant des accidents et maladies professionnelles supporté par la Sécurité
sociale: 10 milliards pour une branche travail en déficit chronique et au moins
autant pour le régime général, soit plus que le «trou de la Sécu». Comme pour
les accidents de la route, un simple comportement plus responsable permettrait
de réduire d'un tiers la facture financière et humaine. Et, avec elle, les
cotisations employeurs et l'absentéisme.
Or
que se passe-t-il? Au mépris d'une concurrence saine, des entreprises imposent
des conditions de travail dangereuses et délétères, sachant que les dégâts
seront réparés en grande partie par la société, donc par leurs concurrents! A l'évidence,
ces employeurs peu citoyens pèsent sur la ligne du patronat. Au détriment de
l'économie tout entière et de la majorité des entreprises.
Les
dirigeants qui développent des démarches de prévention devraient donner de la
voix. Et des PME qui connaissent peu d'accidents ou de maladies tout en payant
pourtant des tarifs élevés devraient sortir de leur silence.