Quatre usages du matériel iconographique sont mis en œuvre dans le livre.

1. Au niveau le plus simple, certaines images viennent, classiquement, illustrer ce que le texte raconte : ainsi, au
chapitre 4, d’une photographie de Jacques Chirac assis à la table d’une cantine qui donne à voir une des nombreuses expressions de la volonté réitérée des présidents de réduire le protocole. Vous la retrouvez ici.


(Bressuire, 1996)

Et en bonus l'article de Libération qui accompagne la photographie corrézienne où l'ancien président "fait la bise".


(Voeux à Tulle, Libération du 15/01/1996)

2. A un second niveau, je m’efforce de préciser quels pouvaient être les usages de ces photographies à l’époque où elles sont prises afin d’aborder la question de la réception des visites officielles.

Dans les deux images ci-dessous, on constate ainsi qu’au moins l’une d’entre elles a été envoyée, et que leurs acheteurs ( ?) les ont utilisées pour informer, plus ou moins ironiquement, ceux auxquels ils les destinaient.




On remarque sur la première les noms des hommes politiques, et sur la seconde le commentaire suivant : « ces messieurs, le député de Langres compris, se disent sans doute : “après avoir cassé les mottes, ne pourrait-on casser une croûte ?” (car ils doivent avoir l’estomac creux !) ».


Avec les deux photographies ci-contre, on constate que la technique photographique n’est pas encore adaptée à l’événement : il fait trop nuit pour rendre compte comme il faudrait des illuminations ; le landau passe trop vite pour que la photo ne soit pas floue pour un appareil sans doute fixé sur pied avec un long temps de pose.


Ces difficultés permettent, en creux, de toucher du doigt l’intérêt que les spectateurs pouvaient avoir à participer à un spectacle hors norme autant que les obstacles auxquels ils faisaient face pour entr’apercevoir, sinon véritablement reconnaître, le chef de l’État.



Essayons d'en donner quelques illustrations caractéristiques, en commençant par un petit jeu, classique, de who's who ?





















Prenez quelques instants pour observer les photos qui défilent dans le bandeau ci-dessus. Pour chacune d’elles, savez-vous indiquer avec précision qui (où) est le chef de l’Etat ?



Toutes illustrent bien, me semble-t-il, les difficultés de l’incarnation présidentielle en République : le président n’est pas facile à reconnaître dans le cortège. Sur la première image, chance pour les spectateurs, il est le seul à saluer couvre-chef en main, mais ce n’est pas toujours le cas (n°2).


















Sur les deux suivantes, on le voit à la semaine d’aviation de 1909 en Champagne, accompagné d’A. Millerand, futur chef de l’État, sans qu’il soit forcément évident de reconnaître, du moins par le costume (sauf quand il est en grand habit de la Légion d’Honneur) la posture ou la position, le président du ministre.


















L’homogénéité du monde officiel saute aux yeux : les hommes en noir portent melon ou haut de forme, mais en apparence toujours tous en même temps. Et pour qui n’aurait jamais vu le portrait de Fallières, bien difficile de savoir qui parmi ces messieurs est le chef de l’Etat.





Ceci dit, la situation d’ignorance apparaît de fait assez improbable au vu du nombre de cartes portraits encore disponibles aujourd’hui et des tirages des cartes postales à l’époque. La difficulté se corse encore sur les deux dernières images : le chef de l’Etat y est soit en partie masqué (et son interlocuteur de dos), soit proprement décentré !
























On constate donc aisément combien le monde présidentiel est austère, sombre, protocolaire et masculin. Bref, c’est un euphémisme de dire qu’il ne respire pas la gaieté.


















A Lyon, Fallières rend hommage … « aux statistiques attristantes » : sans doute la carte n’a-t-elle pas eu un grand succès commercial ! Un univers parfois agrémenté de rares femmes … à la condition qu’elles soient « reines »





Les cartes permettent ainsi d'expliquer en partie à la fois la curiosité et la déférence des populations de l'époque (en particulier en campagne) vis-à-vis de ce monde aussi officiel qu'inquiétant. La photographie ci-dessous ainsi est un cas rare parce qu’elle montre une halte en campagne avant 1914 (en Savoie en 1910). On peut y observer, au premier plan à gauche, la déférence des populations, sagement alignées couvre-chef en main au passage du chef de l’Etat et de son austère cortège



Deux autres photos de la même visite permettent de revenir sur le caractère localement événementiel des visites, au-delà même de leurs appareils décoratifs. Sur chacune d’elles, on peut remarquer au premier plan à droite les visages, étonnés sinon méfiants, d’un garçon et d’une jeune fille qui sont manifestement aussi surpris et intéressés par l’étrange appareil du photographe que par le « spectacle » du défilé présidentiel.




Dernière illustration des formes spécifiques prises par l'iconographie politique au tournant du XXe siècle : les nombreuses planches, typiques d'une époque sans télévision, qui s'efforcent de montrer des personnalités en mouvement, ou faire ressentir aux lecteurs ce qu'étaient les manières de se tenir des hommes dont ils ne connaissaient bien souvent (et au mieux) que le nom. Trois exemples de ces planches, du tribun Gambetta au bonhomme Fallières en passant par le général Boulange.











3. Le troisième usage du corpus iconographique pose le principe général de mise en œuvre des images : la mise en série doit rendre compte, du mieux possible, de la grande répétitivité des cérémonies présidentielles comme des manières de les raconter. Le modèle suivi dans le livre est celui du livre animé pour enfants (« flip book ») : en faisant défiler très vite les pages, on met en mouvement les personnages.

Il est décliné suivant deux modalités caractéristiques. La première met en scène un même président passant en revue les mêmes faits et gestes à chacune de ses haltes, comme le montrent les réitérations des mêmes décors, spectacles, cortèges dans les différentes villes traversées. Les cartes postales de la collection Armand Fallières, conservée aux Archives départementales du Lot et Garonne, représentent un corpus particulièrement riche pour ce type de démonstration.
J'en avais déjà donné un exemple en construisant la colonne des images de Fallières en son landau, que l'on peut retrouver en cliquant sur ce lien. On peut encore en proposer bien d'autres illustrations, comme ce lien déroulant qui montre quelques unes des cartes-souvenirs éditées à l'occasion des visites de Fallières (Notez le « Bons baisers à tous, Berthe », sur l'avant-dernière carte-souvenir de la visite de Fallières à La Martinière à Lyon).























La seconde modalité met en lumière le fait que tous les présidents réitèrent des gestes identiques à ceux de leurs prédécesseurs (et successeurs), déclinaison dont le modèle le plus abouti est celui des foires agricoles avec alignement des bêtes (aujourd'hui annualisé et ritualisé au salon de l'agriculture).



L’intérêt de la mise en série tient à ce que ce principe respecte et transforme en objet de questionnement les manières indigènes de voyager. Le principe organisateur du voyage qu'est, longtemps au XXe siècle, le passage en revue trouve ici ses expressions les plus manifestes.
On peut alors se proposer d'intercaler les revues de toutes les autres "choses à voir" présentées, au même titre que les paysages ou merveilles architecturales de la « petite patrie », au chef de l'Etat : blessés, soeurs, docteurs ou enfants des écoles (pour plus de détails sur ce dernier point, voir également la colonne iconographique qui le concerne en cliquant ici).

















4. Enfin à un dernier niveau, mis en œuvre et détaillé dans le seul chapitre 6, le corpus iconographique est traité comme outil démonstratif.
En cliquant sur le lien intitulé « Du passage en revue des foules à la mise en scène de la proximité : l'évolution de la distance aux spectateurs », vous trouverez une colonne iconographique qui reprend une grand part des photographies utilisées dans le livre pour cette démonstration.



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