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n ce début d'été pluvieux, radios, petits écrans et journaux de tous bords sont en train de mettre en scène à la clinique de la Martinière, une affaire criminelle à partir de la seule déclaration d'anciens salariés. Nous voilà propulsés dans une horreur collective purement virtuelle et fantasmée que personne ne peut qualifier de fait réel tant qu'aucun indice n'a été encore trouvé pour confirmer les accusations portées.
Il apparaît que parmi les différents points de départ de la publicité illégitime faite à cette affaire, c'est encore une plainte pour harcèlement moral. S'il y a un scandale dans cette affaire, c'est précisément d'en parler maintenant - alors que rien n'est encore établi - de nous donner à entendre les fantasmes morbides de certains, avec les conséquences prévisibles d'une telle initiative: fermeture provisoire de la clinique, destruction du travail collectif, déstabilisation d'un personnel qui portera les stigmates de cette affaire quelle qu'en soit l'issue, angoisse des patients qui en quarante-huit heures seront emmenés dans d'autres lieux de soins. Obligés de faire brutalement le deuil d'une relation de confiance avec leur médecin et avec le personnel soignant, ils devront se fondre dans un autre univers médical avec ses habitudes, et ses histoires aussi; malgré leur grand âge, ils devront avoir la force de reconstruire ailleurs une relation de confiance vitale. Le risque de basculement des vies de certains n'est pas loin. La vraie violence est celle-là et dépasse largement cet exemple précis: au nom de la défense tout à fait légitime de salariés victimes de harcèlement moral, tout se passe comme si les médias devaient donner d'urgence crédit à cette seule parole-là, sans aucun discernement, bien avant que les enquêteurs aient commencé leur travail. En matière de harcèlement moral comme dans le harcèlement sexuel et la maltraitance des enfants, tous ne savent pas encore distinguer entre la vérité du discours de la victime et la réalité des faits. Tout se passe comme si la société, trop longtemps restée dans la dénégation de toutes ces formes de maltraitance, et en ayant tardivement pris conscience, devenait prête à tout croire sans discernement plutôt que de courir le risque de revenir en arrière. C'est ainsi que ceux qui ont déclaré être victimes d'un harcèlement moral, deviennent les auteurs d'un nouvel harcèlement de l'ensemble du personnel soignant et administratif, ainsi que des patients. En France, les écrits sur le harcèlement moral ont proliféré, faisant certainement progresser la prise de conscience collective de cette violence. On peut se demander si tous ceux qui uvrent pour la reconnaissance d'un fait jusqu'alors dénié, ne sont pas à leur insu les apprentis sorciers du harcèlement moral, ne maîtrisant plus les conséquences d'une utilisation incontrôlée de cette nouvelle notion juridique dans le monde social. Bénédicte Reynaud est directrice de recherche au CNRS. |
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